Quand le français se construit sur mesure
Pour apprendre une langue, ce sont souvent les apprenants qui s’adaptent au parcours. Mais parfois, c’est le parcours qui doit s’adapter à eux. À l’Institut von Karman, la formation en français a été pensée sur mesure. Installé en Belgique, ce centre international de recherche, spécialisé notamment dans la mécanique des fluides, accueille des ingénieurs et doctorants du monde entier.
« Apprendre le français leur permet de profiter pleinement de leur séjour en Belgique et de se sentir à l’aise : au travail comme dans la vie courante, avec des colocataires, des voisins… tout simplement au quotidien », explique Valérie Nyssens, professeure de français chez Crescendo CVO. »
Moins de théorie, plus de situations réelles
« Les niveaux varient fortement : certains ont déjà de bonnes bases, d’autres débutent presque. Il faut donc s’adapter en permanence. Je pars surtout de leurs besoins concrets. C’est de là que je développe mes cours : comprendre un collègue, parler avec un technicien, demander quelque chose au magasin, échanger avec un propriétaire ou se débrouiller au quotidien. »
« Les cours ont lieu sur place, de 17h30 à 19h30. Après une journée de travail, il faut souvent relancer l’énergie du groupe. Les étudiants arrivent parfois fatigués, ce qui est normal. Mais ils sont aussi très motivés. Personne n’est obligé d’être là. Ils viennent après leur journée parce qu’ils en ont envie. Et pour un professeur, cela change tout. »
Films, musique, jeux : ça marche très bien
« Je varie donc beaucoup les supports pour capter leur attention. J’utilise par exemple des extraits de films. J’ai travaillé avec Intouchables pour parler de l’entretien d’embauche : comment parler de soi et quelle attitude adopter. Avec une scène concrète, on n’est plus dans la théorie. Tout de suite, la discussion démarre naturellement : les participants réagissent et donnent leur avis. »
« La musique fonctionne aussi très bien. Pour expliquer le conditionnel présent, je leur fais écouter Si j’étais un homme de Diane Tell. Pour le conditionnel passé, je passe C’est dommage du groupe Bigflo et Oli. Et ce qui m’a vraiment fait plaisir, c’est que certains sont ensuite allés écouter d’autres morceaux de Bigflo et Oli. Là, je me dis que le cours continue en dehors de la classe. »
« Pour travailler la grammaire, les jeux marchent très bien. Avec un jeu de l’oie des verbes, ils travaillent la conjugaison presque sans s’en rendre compte. Et pour revoir le vocabulaire des métiers, j’ai demandé de mimer différents métiers. Ils ont tellement aimé que cela a duré bien plus longtemps que prévu. Quand on apprend en bougeant et en riant, les mots restent. »
Le français continue hors de la classe
« Et ça me fait plaisir de voir les progrès. Au début, certains hésitaient beaucoup à parler. Ils cherchaient leurs mots, n’osaient pas toujours se lancer. Maintenant, ils participent davantage et prennent la parole plus spontanément. Ils ont moins peur de se tromper et essaient davantage de parler français dans la vie quotidienne. Pour moi, c’est la meilleure preuve qu’une formation sur mesure fonctionne : ils osent parler, au travail comme en dehors. »